Raison et conséquence
QU'ENTEND-ON
PAR ABUS SEXUEL ?
1. Une contrainte ou un contact
Un abus
sexuel est toute contrainte (verbale, visuelle ou psychologique) ou tout
contact physique, par lesquels une personne se sert d'un enfant, d'un
adolescent ou d'un adulte, en vue d'une stimulation sexuelle, la sienne ou
celle d'une tierce personne.
Un
contact physique est, certes, plus grave qu'une contrainte verbale. Mais il
faut savoir que tout abus constitue une violation du caractère sacré et de
l'intégrité de la personne humaine et provoque toujours un traumatisme.
* La
contrainte verbale désigne : une sollicitation sexuelle directe ; l'usage de
termes sexuels ; la séduction subtile ; l'insinuation. Tout cela vis-à-vis
d'une personne qui ne désire pas les entendre.
* La
contrainte visuelle concerne : l'emploi de matériel pornographique ; le regard
insistant sur certaines parties du corps ; le fait de se dévêtir, de se montrer
nu, ou de pratiquer l'acte sexuel à la vue de quelqu'un. Ici encore, sans que
la personne le désire.
* La
contrainte psychologique désigne : la violation de la frontière entre le
relationnel et le sexuel (un intérêt excessif pour la sexualité de son enfant)
ou entre le physique et le sexuel (des lavements répétés ; un intérêt trop
marqué pour le développement physique d'un adolescent).
* Le contact physique peut être :
assez grave (baiser, attouchement du
corps à travers les vêtements, que ce soit par la force ou non, avec ou
sans pression psychologique ou affective), grave (attouchement ou pénétration manuels ; simulation de
rapports sexuels, contact génital,
tout cela avec ou sans violence physique), ou très grave (viol génital, anal ou
oral, obtenu de quelque manière que ce soit, par la force ou non).
2. La stratégie de l'abuseur
Un abus
n'est pas le fait du hasard de la part de celui qui le commet. Étant un
pervers, celui-ci prémédite et organise la relation en attendant le moment où
ses fantasmes vicieux lui paraîtront réalisables. La victime ignore bien
entendu tout cela.
La
stratégie perverse comporte en général quatre étapes :
a. Le développement
de l'intimité et du caractère confidentiel, privilégié, de la relation
Cette
phase, plus ou moins longue (de quelques heures à quelques années), vise à
mettre en confiance la future victime qui ne se doute de rien.
b. Une
interaction verbale ou un contact physique apparemment "convenable » pour
la personne qui va être abusée (confidences de caractère sexuel, caresse des
cheveux, embrassade amicale). La personne n'a pas peur, et pour cause : dans
29% des cas, son futur abuseur est un membre de la famille, dans 60% des cas un familier ou un ami. Seuls 11% des abus sont
commis par un inconnu.
c. Une
interaction sexuelle ou un contact sexuel
C'est la
phase de l'abus proprement dit. Ici la victime se retrouve dans la même
situation qu'un lapin traversant une route de nuit et qui est pris dans les
phares d'une voiture : pétrifié, figé, tétanisé, incapable de réagir, il se
laisse écraser par la voiture. L'abuseur, lui, est conscient de ce qu'il fait à
sa victime.
d. La
continuation de l'abus et l'obtention du silence de la victime par la honte, la
culpabilisation, les menaces ou les privilèges.
Ce
silence est rarement rompu. L'abus reste un secret absolu très longtemps,
parfois toute la vie.
.
En gardant le silence, la victime se
fait, malgré elle, l'alliée de l'abuseur, puisque la seule chose qu'il redoute,
c'est d'être dénoncé. Le fait de devenir ainsi, bien involontairement, son
alliée, renforce le mépris qu'elle a d'elle-même et sa culpabilité.
Ce sera
une des tâches du psy de lui expliquer qu'une personne sexuellement abusée
n'est jamais ni coupable ni responsable. Elle ne pouvait pas deviner que les
deux premières étapes n'étaient qu'une stratégie de l'abuseur.
Il devra
aussi lui dire qu'une personne qui est sous la domination d'un abuseur ne peut
s'en sortir qu'en le dénonçant et en révélant ce qu'elle a subi. Or en parler
est pour elle très difficile, pour plusieurs raisons.
POURQUOI
UNE VICTIME A-T-ELLE TANT DE MAL A PARLER
DE CE
QU'ELLE A SUBI ?
1. Elle met parfois beaucoup de temps
pour réaliser qu'elle a été abusée
Le temps
ne compte pas pour l'inconscient, il s'est comme arrêté pour la victime : c'est
souvent l'apparition de symptômes comme la dépression
ou des troubles sexuels qui l'incitera à laisser enfin sa souffrance refaire
surface et à accepter d'en parler. C'est le premier pas vers la guérison.
Mais
parler de ce traumatisme, prendre conscience de cette vérité : « J'ai été abusée», peut être un
choc terrible. Le conseiller aura besoin de tact et d'une grande compassion
pour laisser la personne découvrir elle-même et à son rythme, l'ampleur du
drame qu'elle a vécu. Il comprendra l'extrême répugnance qu'elle éprouve à admettre que son corps et son âme ont
été ravagés. Elle aimerait tant oublier,
ne jamais avoir vécu cela, qu'elle se
réfugiera de temps en temps dans le déni : «
Cela n'a pas pu m'arriver.»
La
personne sera encouragée à continuer à parler si vous croyez ce qu'elle dit (elle a absolument besoin de sentir qu'on
la croit) et si vous évitez certaines phrases destructrices comme :
- Il a juste fait une erreur, comme
nous en faisons tous.
- Ce n'est arrivé qu'une fois, après
tout.
- Il est temps que vous tourniez la
page.
- Ça s'est passé il y a si longtemps (les 2phrace qu’on ma sorti).
2. Elle se sent coupable
Dans son
for intérieur, sans même le dire ouvertement, la personne pense :
- Est-ce que ce n'était pas un peu
de ma faute ?
- Est-ce que je n'aurais pas pu
l'éviter ?
- Est-ce
que, placé dans ma situation, quelqu'un d'autre aurait réussi à résister, à se
débattre,
à s'enfuir?
Le psy peut aller au devant des questions
qu'elle n'ose pas exprimer en lui demandant :
- Qui détenait le pouvoir (parental,
spirituel, moral, organisationnel, physique, psychologique) ?
- Qui
était l'adulte ? Le repère social ? Le référent ?
- Qui
était l'instigateur, l'organisateur de cet abus ?
- Qui
pouvait y mettre fin ?
Il peut
lui faire comprendre que sa culpabilité est liée au décalage entre son vécu
passé (et les raisons pour lesquelles elle n'a pu empêcher d'être abusée : son
jeune âge, son ignorance, sa totale confiance) et son vécu actuel, où elle est
plus âgée, moins ignorante, moins naïve et où elle sait se protéger.
Elle se croit
coupable parce qu'elle regarde les événements passés avec les yeux de l'adulte
avertie qu'elle est aujourd'hui. Or, à l'époque, elle ne possédait pas les
protections suffisantes pour empêcher l'abus.
On peut
aussi l'aider à différencier le point faible dont s'est servi le pervers, par
exemple un besoin de tendresse tout à fait légitime, une confiance aveugle, et
le crime qu'il a commis, en profitant de ce besoin légitime d'affection ou de
cette confiance, pour assouvir ses désirs immoraux.
Déconnecter
ces deux éléments est souvent un moment de vérité et un soulagement pour la
personne, qui fait son deuxième pas vers la guérison quand elle ne se sent plus
responsable.
Mais le
chemin sera encore long jusqu'à la cicatrisation de la blessure. La précipitation
et l'impatience sont par conséquent les grands ennemis du conseiller (et du
client) dans ce domaine.
3. Parler peut lui coûter cher
A chaque
fois que la personne abusée se replonge dans l'horreur de son passé, elle doit
payer un prix très élevé. En essayant d' « oublier» l'abus, de tourner la page,
elle avait construit un certain équilibre, par exemple avec ses proches.
Si elle
décide de faire éclater la vérité, elle risque de désorganiser cet équilibre
factice et de susciter des pressions de ses proches. Il se trouve toujours de
faux « bons conseillers» soucieux de leur tranquillité et du qu'en dira-t-on,
qui l'accuseront de mentir ou d'exagérer, lui reprocheront de réveiller le
passé et l'inciteront à oublier, voire à « pardonner» ; le comble est qu'elle
risque même d'être perçue comme responsable de l'abus.
Le psy
devra donc la soutenir, l'encourager et assurer sa protection matérielle et
psychologique. Il l'aidera à évaluer le prix de la lutte qu'elle devra mener
pour sortir du bourbier de l'abus sexuel et à réaliser que son désir de s'en
sortir sera souvent contrecarré par ceux qui devraient le plus l'assister : sa
famille ou les responsables des institutions.
Il est à
noter que lorsque l'abuseur fait partie d'une institution, quelle qu'elle soit,
celle-ci décide souvent, par peur du
scandale, de le « couvrir» et donc de rester dans le déni de l'abus,
plutôt que de reconnaître publiquement l'existence d'un pervers sexuel au sein
de l'institution.
Il y a un
consensus de réprobation sur la personne qui a le courage de remuer ces choses
immondes : qu'elle continue à être comme une morte vivante, ce n'est pas grave.
Ce qui est le plus important, c'est qu'elle se taise.
4. Elle souffre de la honte
Sartre a
dit de la honte qu'elle est « l'hémorragie
de l'âme». Un abus sexuel
marque la personne au fer rouge, la souille, la pousse à se cacher des autres.
La honte est un mélange de peur du rejet et de colère envers l'abuseur, qui
n'ose pas s'exprimer.
Le
sentiment juste qu'elle devrait éprouver est la colère. Eprouver ce sentiment libérateur l'aidera à
sortir de la honte. Il faut parfois du temps pour qu'elle parvienne à exprimer
son indignation face à l'injustice
qui lui a été faite. Cette expression de la colère pourra se faire soit
de manière réelle, face au coupable, soit, si ce n'est pas possible pour sa
sécurité personnelle, de manière symbolique. Dans tous les cas, c'est à la
victime à en décider.
La honte
est liée au regard que la victime porte sur elle-même ; elle se voit comme souillée à vie. C'est son regard qui
devra changer. Elle se pansera en changeant sa manière de se penser.
5. Le mépris
Se
sentant honteuse, la personne abusée a deux solutions : se mépriser elle-même
ou mépriser l'abuseur et ceux qui lui ressemblent. Dans les deux cas, le
résultat est le même : elle s'autodétruit, car la haine de soi ou la haine de
l'autre sont toutes les deux destructrices.
Le mépris
d'elle-même peut concerner son corps, sa sexualité, son besoin d'amour, sa
pureté, sa confiance.
Ce mépris
de soi a quatre fonctions : il atténue sa honte, étouffe ses aspirations à
l'intimité et à la tendresse (se mépriser anesthésie le désir), lui donne
l'illusion de maîtriser sa souffrance et lui évite de rechercher la guérison de
son être.
Lorsque
le mépris de soi est très intense, il peut
pousser à la boulimie, à la violence contre soi et au suicide ; dans ces trois cas, la
personne châtie son propre corps parce qu'il existe et qu'il a des désirs.
6. Le véritable ennemi
Si l'on
demande à une personne qui a subi un abus sexuel quel est son ennemi, elle
répondra sans doute : « C'est le coupable de l'abus.» Cela semble tellement
évident.
La
victime a le choix : soit elle combat, en cultivant sa haine envers l'abuseur,
en ruminant une vengeance contre lui ; soit
elle fuit, en cherchant à oublier, en s'endurcissant pour ne plus souffrir, en
se repliant sur elle-même, en devenant insensible, de manière à ne plus
ressentir ni émotion ni désir.
Mais ces
deux solutions sont vaines, car l'ennemi n'est pas l'abuseur. Certes, il
représente un problème, mais la bonne nouvelle est qu'il n'est pas le problème
majeur. Le véritable adversaire, c'est la détermination de la personne à rester
dans sa souffrance, dans sa mort spirituelle et psychique et à refuser de
revivre. L'ennemi réside donc, paradoxalement, dans la victime elle-même !
Ce
troisième pas vers la guérison est sans doute le plus difficile à franchir. La
personne doit comprendre qu’elle a devant elle la vie et la mort, et qu'il
n'appartient qu'à elle de rester dans la mort ou de choisir de revivre.
Lorsque
le conseiller sent qu'elle a pris la décision de sortir de la pulsion de mort
pour entrer dans la pulsion de vie, il aura alors sans doute l'occasion de
parler avec elle des trois grands dégâts que l'abus a produits dans sa vie et
qui devront être réparés...
LES
DEGATS PRODUITS PAR L'ABUS SEXUEL
Ces
dégâts constituent un torrent
tumultueux qui balaie tout dans l'âme, et qui inclut : le sentiment
d'impuissance, celui d'avoir été trahi et le sentiment d'ambivalence, ainsi que
plusieurs autres symptômes.7
1. Le sentiment d'impuissance
L'abus
sexuel a été imposé à la victime. Qu'il se soit produit une fois ou cent fois,
avec ou sans violence, ne change rien au fait qu'elle a été dépossédée de sa liberté de choix.
a. Ce
sentiment provient de trois raisons
* Elle
n'a pas pu changer sa famille dysfonctionnelle, s'il s'agit d'un inceste. Ses proches ne l'ont pas protégée comme ils auraient dû le faire,
sa mère ou sa belle-mère n'a rien vu ou fait semblant de ne rien voir.
* Que
l'abus ait été accompagné de violence ou non, qu'il y ait eu douleur physique
ou non, la victime n'a pu y échapper, ce qui crée en elle faiblesse, solitude et désespoir. De plus,
le coupable se sert de la menace ou de la honte pour la réduire au silence et
recommencer en toute impunité, ce qui augmente son impuissance.
* Elle ne
parvient pas à mettre un terme à sa souffrance présente. Seule, la décision de se supprimer anesthésierait sa douleur, mais
elle ne peut s'y résoudre, alors elle continue à vivre, et à souffrir.
b. Ce
sentiment d'impuissance entraîne de graves dommages
* La personne abusée perd l'estime
d'elle-même, doute de ses talents et se croit médiocre.
* Elle abandonne tout espoir.
* Elle insensibilise son âme pour ne
plus ressentir la rage, la souffrance, le désir ou la joie. Elle enfouit et
refoule dans son inconscient les souvenirs horribles de l'agression sexuelle.
* A force de renoncer à sentir la
douleur, elle devient comme morte. Elle perd le sentiment d'exister, semble
étrangère à son âme et à son histoire.
* Elle
perd le discernement concernant les relations humaines, ce qui explique que les
victimes d'abus tombent souvent à nouveau sous la coupe d'un pervers, ce qui
renforce leur sentiment d'impuissance.
2. Le sentiment d'avoir été trahi
Beaucoup
de gens ignorent le nom des onze autres apôtres, mais connaissent Judas, le
traître. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens estiment que rien n'est plus
odieux que d'être trahi par quelqu'un qui était censé vous aimer et vous
respecter.
La personne abusée se sent trahie
non seulement par l'abuseur en qui elle avait confiance, mais aussi par ceux
qui, par négligence ou complicité, ne sont pas intervenus pour faire cesser
l'abus.
Les
conséquences de la trahison sont : une extrême méfiance et la suspicion,
surtout à l'égard des personnes les plus aimables ; la perte de l'espoir d'être
proche et intime avec autrui et d'être protégée à l'avenir, puisque ceux qui en
avaient le pouvoir ne l'ont pas fait ; l'impression que si elle a été trahie,
c'est parce qu'elle l'a mérité, du fait d'un défaut dans son corps ou dans son
caractère.
3. Le sentiment d'ambivalence
Il
consiste à ressentir deux émotions contradictoires à la fois. Ici, l'ambivalence
gravite autour des sentiments négatifs (honte,
souffrance, impuissance) qui ont parfois été simultanément accompagnés
du plaisir, qu'il soit relationnel (un
compliment), sensuel (une
caresse), ou sexuel (le
toucher des organes),
dans les premières phases de l'abus.
Le fait
que le plaisir soit parfois associé à la souffrance entraîne des dommages
considérables : la personne se sent responsable d'avoir été abusée, puisqu'elle
y a « coopéré» en y prenant plaisir ; le souvenir de l'agression peut revenir
lors des rapports conjugaux ; elle ne parvient pas à s'épanouir dans sa
sexualité qui est pour elle trop liée à la perversité de l'abuseur ; elle
contrôle et même s'interdit le plaisir et donc son désir sexuel.
Le
conseiller doit expliquer à la personne qu'elle n'est pas responsable d'avoir
éprouvé un certain plaisir, car il est normal qu'elle ait apprécié les paroles
et les gestes de « tendresse» de l'abuseur. C'est la nature qui a donné à
l'être humain cette capacité à ressentir du plaisir.
Ce qui
n'est pas normal, c'est la perversion de celui qui a prémédité ces attitudes
affectueuses pour faire tomber une proie innocente dans son piège. C'est lui le
seul responsable.
4. Quelques autres symptômes
On
pensera à un éventuel abus sexuel si le client :
- Souffre
de dépressions à répétition.
-
Présente des troubles sexuels : manque de
désir, dégoût, frigidité, impuissance, crainte ou mépris des hommes ou des femmes, peur de se
marier, masturbation compulsive. Chez l'enfant, ce trouble de l'auto-érotisme,
ainsi que certaines énurésies, peuvent faire penser à un abus sexuel.
- Se détruit par l'usage abusif
d'alcool, de drogue ou de nourriture.
L'obésité, en particulier, permet à
des jeunes filles ou à des femmes qui ont été violées de se rendre,
inconsciemment, moins attirantes et de se protéger ainsi contre une autre
agression.
- Souffre
de maux de ventre, d'infections gynécologiques à répétition.
- A un
style de relation avec les autres très caractéristique : soit il est trop
gentil avec tout le monde, soit il est inflexible et arrogant, soit enfin il
est superficiel et inconstant.
AIDER
Celle-ci
devra cesser d'écouter les voix intérieures qui la maintiennent dans la
culpabilité et la honte et se mettre à l'écoute de la voix de la vérité, qui la
conduira vers la libération.
Elle
devra aussi abandonner les voies sans issues que des personnes bien
intentionnées mais incompétentes (des aidants « peu aidés» !) lui proposent :
nier l'abus, le minimiser, oublier, pardonner au coupable sans que celui-ci se
soit sérieusement repenti, tourner la page, cesser de se plaindre, etc.
La voie
menant à un mieux-être comprend deux étapes : regarder la réalité en face, et
décider de revivre.
1. Regarder la réalité en face
La
personne devra peu à peu retrouver les souvenirs de l'abus, admettre les dégâts et ressentir
les sentiments adéquats.
a.
Retrouver les souvenirs de l'abus
La
victime préfère souvent les oublier, tant cela la dégoûte ou la terrifie. Ou
alors elle les raconte froidement, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre.
Mais ce déni est un obstacle à la guérison. L’abus ne doit pas être gommé, mais nommé.
Avec
beaucoup de tact, on l'encouragera à remonter dans le passé, parfois très
lointain, car seul un abcès vidé peut
cicatriser.
Le retour
des souvenirs refoulés se fera progressivement au cours de la psychothérapie.
L'inconscient de la personne collabore activement par le moyen de rêves, ou d'images qui lui reviennent
à l'esprit.
Certains
événements font aussi resurgir les traumatismes oubliés, par exemple : une
rencontre avec l'abuseur, une grossesse, la ménopause, un autre abus, le fait
qu'un de ses enfants atteigne l'âge qu'elle avait lorsqu'elle a été abusée, le
fait de se retrouver sur les lieux de l'agression, ou le décès du coupable.
b.
Admettre les dégâts
Ce retour
pénible dans le passé va lui permettre d'admettre les dures vérités suivantes :
* J'ai été victime d'un ou de plusieurs abus sexuels. C'est un crime contre
mon corps et contre mon âme.
* Étant victime, je ne suis en rien
responsable de ce crime, quoi que j'aie pu ressentir.
* Suite à ces abus, je souffre de
sentiments d'impuissance, de trahison et d'ambivalence.
* Ma souffrance est intense, mais la cicatrisation est
possible, si j'admets qu'il y a eu
blessure.
* Cette
cicatrisation prendra du temps.
* Je ne
dois pas recouvrir mon passé d'un voile de secret et de honte ; mais je ne suis
pas non plus obligé d'en parler au premier venu.
c.
Ressentir les sentiments adéquats
La culpabilité (qui est un sentiment
racket très fréquent ici), la honte, le mépris, l'impuissance, la haine, le
désespoir,
devront peu à peu être remplacés par les sentiments plus adéquats que sont la
colère envers l'abuseur et ses complices, et la tristesse face aux dégâts subis. Cette tristesse ne doit pas
mener à la mort, au désespoir, mais à la vie, c'est-à-dire à une foi, une
espérance et un amour renouvelés.
Le
conseiller favorisera l'expression de ces deux sentiments, de manière réelle ou
symbolique, mais toujours en toute sécurité, à savoir dans le cadre protégé des
séances de relation d'aide.
2. Décider de revivre
Pourquoi
une victime d'abus sexuel devrait-elle décider de revivre, après tout ce
qu'elle a souffert et souffre encore ? Tout simplement parce qu’il est meilleur
pour elle de choisir la vie et non la
mort.
Choisir
de revivre signifiera pour elle :
a. Refuser d'être morte
Elle
trouve normal de vivre avec un corps
et une âme morts ; paradoxalement, cela lui permet de survivre,
en ne risquant plus de ressentir la joie ou la douleur.
b.
Refuser de se méfier
La victime se méfie tous les êtres
humains. Une
femme violée, en particulier, voit tout « mâle» comme étant le « mal». Elle devra
apprendre à transformer sa méfiance envers les hommes en vigilance, ce qui est
tout différent.
c. Ne
plus craindre le plaisir et la passion
Ces deux
éléments la ramènent au drame qu'elle a subi, alors elle les fuit. Ce faisant,
elle se prive de ces deux dons.
Ayant été
victime du désir (pervers, mais désir tout de même) de quelqu'un, elle « jette
le bébé avec l'eau du bain», c'est-à-dire qu'en rejetant l'abus qu'elle a subi,
elle rejette en même temps tout désir, même le sien.
Elle doit
réaliser que ce n'est pas parce que
quelqu'un a eu un désir pervers envers elle qu'elle doit désormais renoncer à
son propre désir.
d.
Oser aimer à nouveau
Elle
devra progressivement renoncer à ses
attitudes auto protectrices et à son repli sur elle-même pour goûter à
nouveau à la joie d'aimer les autres et de nouer des relations chaleureuses et
sûres.
Elle
quittera sa carapace pour retrouver un cœur tendre, capable de prendre le
risque d'aimer ceux qu'elle rencontre. Elle abandonnera ses défenses, ce qui ne
veut pas dire qu'elle ne s'entourera pas de protections. Une protection n'est
pas une défense.
Elle
découvrira alors que, s'il est vrai qu'une ou plusieurs personnes l'ont trahie,
la grande majorité des autres sont dignes de confiance.

Commentaires
Nébuleuse site : droplet-of-blood.blog4ever.com | le 29/01/2009 à 16:05:24Ton texte m'a beaucoup aidée sur certain point. Quand on est si près des choses on ne se rend pas bien compte de comment l'on est. Et il y a des trucs aussi qu'on assument pas de vivre de telle ou telle manière.
En tout cas,merci pour cet article.